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La protection juridique réformée

Simplifier les procédures de tutelle et de curatelle mais aussi créer des mesures de protection plus souples et mieux adaptées aux besoins réels des personnes fragilisées par l'âge ou la maladie est l'un des objectifs de la loi réformant la tutelle. Cette loi, votée en mars 2007, entre en application au 1er janvier prochain.



  L'évolution des mentalités et des lois

L'inadaptation du dispositif actuel La loi nº 2007-308 du 5 mars 2007 rénove donc le dispositif de protection des personnes vulnérables. Il faut dire que la loi de 1968, conçue pour quelques milliers de personnes, ne répondait plus aux besoins actuels des majeurs protégés, estimés à 700 000 personnes. La réforme recentre le régime des tutelles et curatelles sur les personnes réellement atteintes d'une altération médicale de leurs facultés personnelles. En conséquence, elle écarte les situations de précarité et d'exclusion sociales qui ne relèvent pas de la protection juridique. Jusqu'à présent, une part non négligeable de personnes était placée sous mesure de protection juridique alors qu'elles avaient besoin uniquement d'un accompagnement social. Et ce n'est pas parce que l'on est dans une situation d'exclusion sociale, voire de grande pauvreté, que le recours a une mesure de curatelle ou de tutelle doit s'imposer.

Ces cas seront pris en charge dans le cadre de nouvelles mesures d'aide et d'accompagnement social.

Au fil des années, des litiges ont vu le jour car certains abus ont parfois été constatés au niveau des tuteurs et curateurs, notamment de la part de gérants privés. Les exemples de mauvaise gestion des biens ne manquent malheureusement pas ! Et s'il existe bien trois solutions pour organiser la tutelle - faire appel à la famille, recourir à un gérant privé ou à une association tutélaire -force est de constater que la priorité est souvent donnée à la famille. Cependant un tel arrangement est parfois impossible lorsque les parents sont éloignés géographiquement ou ne se proposent pas comme volontaires pour cette fonction.

Les trois principes de la loi La loi réaffirme la nécessité de protéger la personne incapable tout en respectant sa liberté individuelle, ses droits fondamentaux et sa dignité. Ce qui passe par la mise en œuvre de trois principes de base : - La nécessité de la mesure doit être médicalement constatée. - Le juge devra choisir et définir la mesure de protection strictement proportionnée à la vulnérabilité et aux besoins de la personne et pleinement adaptée à sa situation. La mesure peut être destinée à protéger la personne elle-même et ses intérêts patrimoniaux ou bien simplement l'un des deux. Dans tous les cas, elle doit être révisée tous les 5 ans. - La mesure de protection judiciaire n'est prononcée que s'il n'existe pas un autre mécanisme juridique plus léger et moins attentatoire à ses droits, comme une mesure d'accompagnement. Bien évidemment, si le majeur a désigné un mandataire judiciaire, on ne prévoira pas de mesure de protection.

  Trois nouveautés

Si la sauvegarde de justice, la tutelle et la curatelle sont conservées, leur mise en place s'est avérée, au fil des années, trop lourde et souvent inadaptée dans certains contextes. Ainsi, les personnes prises en charge de façon satisfaisante par leur famille ont besoin de formules plus souples qui leur apportent prioritairement une assistance matérielle, souvent ponctuelle ou limitée. La loi a donc créé, à cet effet, l'accompagnement social personnalisé, l'accompagnement judiciaire ou encore le mandat de sauvegarde. Ces mesures sont prises sous le contrôle du juge des tutelles. Celui-ci ne peut toutefois les appliquer que si l'intéressé n'a pas désigné lui-même la personne qui prendra en charge sa protection, par le biais du mandat de protection future.

La loi, en effet, donne la priorité aux mesures de protection « volontaire » avant d'appliquer une mesure de protection « judiciaire ».


Le mandat de protection future Ce mandat peut être rédigé dès à présent même s'il ne peut pas avoir d'effets avant le 1er janvier 2009. Il s'agit de désigner à l'avance une personne pour prendre en charge, dans l'avenir, la gestion de ses affaires, dans l'hypothèse d'une perte des facultés mentales par maladie ou vieillesse.

L'accompagnement social personnalisé La mesure d'accompagnement social personnalisé (MASP) est une mesure administrative destinée à aider une personne qui reçoit des prestations sociales et qui est incapable de les gérer seule. Les départements ont la tâche de gérer ces MASP. Voilà qui explique, en partie, les délais entre le vote de cette loi et sa mise en application. Il faut mettre en place une organisation afin de transférer les compétences et les financements vers les nouveaux responsables. Un contrat, d'une durée de 6 mois à 2 ans, doit être signé entre le président du Conseil général et la personne concernée. Le département, par l'intermédiaire des services sociaux, met en œuvre des actions en faveur de l'insertion sociale du demandeur et pour rétablir les conditions d'une gestion autonome des prestations sociales. L'intéressé doit s'engager à faire des efforts. Il peut autoriser le département à percevoir et à gérer pour son compte tout ou partie des prestations sociales qu'il touche et à les affecter en priorité au paiement de son loyer et des charges locatives. Si le bénéficiaire des prestations sociales refuse de signer le contrat, ou s'il ne respecte pas les clauses, le président du conseil général peut demander au juge d'instance l'autorisation de payer le loyer et les charges de l'intéressé, directement à son bailleur, en les prélevant sur les prestations qu'il doit recevoir. Cette mesure n'est mise en œuvre que si le bénéficiaire est resté au moins 2 mois sans payer son loyer ou ses charges et s'il dispose de ressources suffisantes pour subvenir, malgré ce prélèvement, aux besoins de sa famille. Le juge fixe alors la durée du prélèvement dans la limite de 2 ans renouvelables sans que la durée totale de celui-ci puisse excéder 4 ans.

En cas d'échec de ce dispositif, le département saisit le procureur de la République qui transmet le dossier au juge des tutelles. Ce dernier peut prononcer une sauvegarde de justice, ouvrir une tutelle ou une curatelle, ou encore décider d'une mesure d'accompagnement judiciaire.

L'accompagnement judiciaire L'ouverture d'une mesure d'accompagnement judiciaire (MAJ) intervient, en principe, après l'échec d'une mesure d'accompagnement social personnalisé et lorsque la santé ou la sécurité de l'intéressé est compromise.

La mesure ne s'applique pas si la personne est mariée et que son conjoint peut gérer de façon satisfaisante les prestations perçues.

La mesure est demandée par le procureur. Le juge déterminera quelles prestations sociales bénéficieront de ce dispositif. Les autres revenus du majeur ne sont pas concernés. Il faut, en effet, éviter que cette mesure d'accompagnement ne soit utilisée indistinctement dans tous les cas de surendettement ou de prodigalité. Un assistant professionnel est nommé, à l'exclusion des membres de la famille. Il est choisi dans la liste des mandataires judiciaires à la protection des majeurs. Il doit gérer les prestations dans l'intérêt de la personne en tenant compte de son avis et de sa situation financière. La MAJ peut être prise en même temps qu'une mesure de sauvegarde de justice mais ne peut pas se cumuler avec une tutelle ou une curatelle.

L'accompagnement judiciaire est destiné à remplacer l'ancienne tutelle aux prestations sociales. Ce remplacement sera progressif : les tutelles aux prestations sociales au 1er janvier 2009 conserveront leur validité jusqu'au 31 décembre 2011, sauf si le juge réexamine cette mesure avant l'expiration de ce délai.

Le mandat de sauvegarde Le mandat de sauvegarde permet au juge de nommer un mandataire pour effectuer certains actes déterminés pour la gestion de son patrimoine au nom de la personne à protéger, sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir une tutelle. Il peut s'agir d'actes d'administration ou d'actes de gestion, comme la vente d'un bien. Le mandataire peut aussi être chargé de la protection de la personne, c'est-à-dire de prendre une décision personnelle pour elle. Tel sera le cas d'une intervention chirurgicale.

  Les droits de la personne mieux pris en compte

La loi de 2007 consacre non seulement la protection du patrimoine de la personne mais surtout la personne elle-même. Les droits et la volonté de la personne à protéger devraient être mieux pris en compte ainsi que l'avis et le rôle de sa famille et de ses proches. À titre d'exemple, la procédure de placement sous curatelle ou sous tutelle se fera en entendant le majeur systématiquement.

La tutelle et la curatelle La tutelle et la curatelle restent toujours les régimes de protection les plus complets. Un rappel : la curatelle est prévue pour les personnes qui peuvent agir elles-mêmes tout en ayant besoin d'être assistées ou contrôlées pour certains actes importants de la vie civile. Le curateur ne peut pas agir au nom de la personne en curatelle mais doit l'assister (par exemple, pour retirer des fonds, signer un bail, agir en justice). Le juge peut également décider d'une curatelle renforcée : le curateur a alors le droit de percevoir seul les revenus de la personne protégée et de régler ses dépenses. La tutelle est, elle, destinée à une personne devant être prise en charge de façon continue. Le majeur en tutelle est représenté par son tuteur pour tous les actes de la vie civile. La mesure de protection est valable 5 ans et est systématiquement réexaminée à l'issue de ce délai pour déterminer s'il convient de la conserver, de la modifier ou encore de la supprimer.

Lorsque l'état de santé des personnes ne peut s'améliorer, la durée de protection peut être plus longue.

Quelles sont les démarches ? La demande d'ouverture d'une mesure de protection est adressée au juge des tutelles. Elle peut être présentée par l'intéressé lui-même, par son conjoint ou par son partenaire pacsé, par un parent ou un allié, un ami ou la personne déjà en charge d'une mesure de protection tel qu'un mandataire de protection future. La demande doit être accompagnée d'un certificat médical établi par un médecin expert (l'avis du médecin traitant, plus subjectif, devient facultatif). La personne à protéger doit être entendue par le juge durant l'examen de la demande, sauf décision motivée ou contre ordre médical. Comment choisir un tuteur ou curateur ? Le juge des tutelles peut nommer un ou plusieurs tuteurs (en fonction de la situation de l'intéressé, de son patrimoine). Il peut aussi nommer un tuteur et un curateur et leur attribuer des tâches spécifiques. Le choix du tuteur ou du curateur peut être effectué par l'intéressé lui-même s'il a désigné à l'avance la personne chargée de ses intérêts, dans le cadre du mandat de protection future. S'il ne l'a pas fait, ou si la personne désignée refuse ou encore n'est pas apte à remplir cette mission, le juge désigne prioritairement le conjoint, le concubin ou le partenaire pacsé, et à défaut, la personne la plus apte à remplir ces fonctions. Le juge doit tenir compte des sentiments exprimés par l'intéressé.

Si aucune personne de la famille ni un proche ne peut assumer cette fonction, le juge désigne un mandataire judiciaire agréé.

Les conditions d'exercice des tuteurs et curateurs extérieurs à la famille sont organisées par la loi. Leurs compétences et leur contrôle sont ainsi renforcés. On devrait, de la sorte, aboutir à un financement de leur mission plus équitable et plus clair, évitant, par là-même, certaines des dérives qui ont pu être constatées.


Et toujours la sauvegarde de justice C'est la mesure souple destinée à protéger une personne hors d'état de manifester sa volonté ou qui subit une altération de ses facultés mentales. Mesure temporaire (1 an avec renouvellement possible une seule fois), elle peut être ordonnée notamment pendant une instance d'ouverture de tutelle ou de curatelle ou pour régler une difficulté ponctuelle. La sauvegarde de justice ne supprime pas les droits de la personne protégée, mais la protège des conséquences de ses actes. Les actes qu'elle a accomplis pendant la période de protection peuvent être annulés ou réduits en cas d'excès.

Les droits du majeur Le majeur protégé doit être informé par son tuteur ou son curateur de sa situation personnelle, des actes qui doivent être faits, des décisions à prendre, de leur utilité ou de leur urgence. Il prend seul les décisions relatives à sa personne dans la mesure où son état le permet et accomplit seul les actes "strictement personnels" : effectuer une déclaration de naissance ou une reconnaissance d'enfant, agir dans le cadre de son autorité parentale, définir ses relations personnelles, amis… Il choisit son lieu de résidence, sauf en cas de difficultés et peut, sur autorisation, réaliser certains actes (assurance vie, testament…). En revanche, pour se marier ou se pacser, le majeur en tutelle a besoin de l'autorisation du juge. Le majeur en curatelle doit également recevoir l'autorisation de son curateur (ou à défaut, du juge) pour pouvoir se marier. Pour se pacser, il n'a besoin que de l'assistance de son curateur.


Tutelle des mineurs : de nouvelles règles Mesure de protection juridique qui intervient lorsque les parents ne peuvent plus assurer la protection des intérêts de leur enfant (décès, impossibilité d'exercer l'autorité parentale), le dispositif de la tutelle des mineurs est aménagé par cette loi du 5 mars 2007. Le changement le plus important est la suppression de la tutelle légale. Cette tutelle oblige encore aujourd'hui le conseil de famille à choisir un ascendant comme tuteur lorsqu'il n'y a pas eu de désignation du tuteur par le dernier vivant des père et mère. Si la règle reste la désignation d'un seul tuteur, la loi autorise désormais le conseil de famille à choisir plusieurs tuteurs pour tenir compte de la situation du mineur, des aptitudes des intéressés et du patrimoine à gérer. Les missions du tuteur sont précisées : prendre soin du mineur, le représenter dans tous les actes de la vie civile, sauf ceux pour lesquels l'usage ou la loi lui permettent d'agir seul. Il peut représenter le mineur en justice mais ne peut pas faire valoir les droits extra-patrimoniaux qu'après autorisation du conseil de famille (ou sur son injonction). Le tuteur doit gérer les biens avec « des soins prudents, diligents et avisés, dans le seul intérêt de la personne protégée ». Il doit « conserver et, si possible faire fructifier, le patrimoine du mineur jusqu'à son émancipation. Il ne doit donc pas prendre de risques inconsidérés ».


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